Sainte Bonnette d’Alvier

Chaque 16 octobre, le village d’Allevier (commune d’Azérat) situé entre Lamothe et le bourg d’Azérat) célèbre la fête de sa patronne, Sainte Bonnette.

Sainte Bonnette fut une gardeuse d’oies du village. La légende rapporte, qu’en se rendant à Brioude, rencontra dans des vigeries (une vigerie était au Moyen Âge un territoire soumis à la juridiction du viguier, nom de métier ancien, officier de justice) au bord de l’Allier, des ennemis vikings sortant de leurs barque dans le but de piller les villes et les églises. Cette méthode s’accorde parfaitement avec la manière d’agir des Normands, qui remontaient le cours des fleuves sur leurs barques légères.

La gardeuse d’oies prévint aussitôt les habitants de Brioude de ce danger.

Son culte reste toujours très populaire dans la région

Voici la légende qui nous fut transmise :

Un matin, en traversant l’Allier pour aller à Brioude, elle eut la surprise de voir des barques nombreuses arrêtées à la rive gauche du fleuve ; des soldats qui en étaient descendus, se dissimulaient dans les vigeries. A leur manière d’agir, la bergère d’Alvier comprend qu’elle est en présence de ces fameux « hommes du Nord » qui, sous la conduite de leurs chefs « les rois de la mer », avaient déjà semé la terreur et la dévastation dans une partie de la France ; ils se préparent à mettre le siège devant Brioude. Que faire ? revenir sur ses pas lui semble une trahison ; avancer, c’est la perspective des pires outrages, de la mort même ; quelle défense la frêle enfant opposerait-elle à ces farouches guerriers ? Elle se recueille, invoque Saint Julien, le soldat-martyr, s’arme de courage et s’élance. Mais les Barbares l’ont aperçue ; ils l’entourent, l’interrogent sur ses intentions, sur le lieu où elle se dirige. Bonnette avoue qu’elle se rend à Brioude, au tombeau de Saint Julien pour y faire des dévotions journalières. Persuadés qu’ils n’auraient rien à redouter de cette chétive créature, les Normands la laissent partir, toutefois, pour plus de sûreté, ils lui font jurer de ne révéler à personne leur débarquement en ce lieu. Bonnette prête le serment de ne rien dire « à âme qui vive » ; mais son plan est arrêté : elle trouvera un artifice pour donner l’alarme sans être pour cela parjure. Elle part, le coeur anxieux, craignant de ne pas arriver assez tôt. En approchant de la ville, elle se met à interpeller les pierres qui se trouvent sur son passage en criant à pleins poumons « Peïra, peïra, y te dize que l’ennemi z’y dien la vidzeïra ! » (Pierre, pierre, je te dis que l’ennemi est dans la vigerie !)

Les Brivadois pensent out d’abord que la bergère d’Alvier a perdu l’esprit ou que son cerveau est le jouet de quelque hallucination ; mais en constatant son acharnement à répéter avec effroi un appel aussi insolite, les habitants finissent par comprendre l’avertissement ; ils ferment aussitôt les portes de la ville et se préparent à soutenir le siège. Bonnette réussisait dans son projet : elle ne manquait pas à son serment : elle n’avait rien dit « à âme qui vive », mais seulement parlé à des êtres inanimés, aux pierres.

Les Normands ne tardent pas d’arriver, croyant surprendre la cité pour s’en emparer plus facilement ; c’est en vain, leur présence a été dévoilée ; ils trouvent la ville en état de défense et échouent dans leur tentative. Bien plus, ils sont repoussées dans la plaine et jusqu’à « la vallée de Montclard » où la milice de Saint Julien les mit en pièces à la suite d’une grande bataille dont parlent les anciens manuscrits. Bonnette était devenue notre « Sainte Geneviève » locale.

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